Dans le cadre du Gartner IT Symposium/Xpo 2019 qui s'est déroulé du 3 au 7 novembre à Barcelone, Brian Burke, Research VP for Enterprise Architecture and Technology Innovation, a présenté les principales tendances technologiques stratégiques qui devraient occuper le devant de la scène dès l'année prochaine.

De l'humain augmenté aux objets autonomes en passant par l’Edge computing et l'hyperautomation, toutes ces technologies ont été évaluées dans le cadre de structures que le cabinet désigne sous le nom d'espaces intelligents. Centré sur l'humain, un espace intelligent ("smart space") est un environnement physique dans lequel des personnes et des systèmes technologiques interagissent dans des écosystèmes de plus en plus ouverts, connectés, coordonnés et intelligents. Cette approche permet de mettre en évidence l'un des aspects les plus importants de la technologie étudiée : son impact sur les clients, les employés, les partenaires commerciaux ou d'autres groupes clés.

 

Hyperautomation

L’hyperautomation est la combinaison de multiples systèmes d'apprentissage machine (Machine Learning), logiciels intégrés et outils d’automatisation. L’hyperautomation se réfère non seulement à l'ampleur de la palette d’outils, mais aussi à toutes les étapes de l’automatisation à proprement parler : découvrir, analyser, concevoir, automatiser, mesurer, surveiller et réévaluer. Comprendre l'ensemble des mécanismes d’automatisation, la façon dont ils sont interconnectés, et comment ils peuvent être combinés et coordonnés est l’enjeu principal de l’hyperautomation.

Cette tendance est apparue avec l’automatisation des processus robotiques (robotic process automation, RPA). Utilisée seule, la RPA ne permet toutefois pas d’atteindre les objectif de l’hyperautomation, laquelle nécessite une combinaison d’outils pour permettre la réplication des différentes éléments dans lesquels un humain est impliqué.

 

Multiexpérience

D'ici 2028, l’expérience utilisateur fera l’objet d’un changement significatif dans la façon dont les utilisateurs perçoivent le monde numérique et dont ils interagissent avec lui. Les plateformes conversationnelles changent déjà la façon dont les gens interagissent avec le monde numérique. La réalité virtuelle (VR), la réalité augmentée (AR) et la réalité mixte (MR) sont également en train de modifier le rapport qu'ont les gens avec le monde numérique. Ce changement combiné des modèles de perception et d'interaction débouchera à terme sur une expérience multisensorielle et multimodale.

Selon Brian Burke, nous passerons d’un modèle où l’humain doit comprendre les technologies à un univers où ce sont les technologies qui devront comprendre les humains et anticiper leurs demandes ou leurs intentions. "Cette capacité à communiquer avec les utilisateurs par l'intermédiaire de la plupart des sens de l'être humain aboutira à un environnement plus riche susceptible de fournir des informations beaucoup plus nuancées", a-t-il précisé.

 

Démocratisation de l'expertise

Cette démocratisation consiste à donner accès au plus grand nombre à une expertise technique (apprentissage machine, développement d’applications,…) ou à une expertise métier (processus de vente, analyse économique,…) à travers une expérience radicalement simplifiée, sans nécessiter de formation longue et coûteuse. Le chercheur de Gartner a cité en exemple l'accès citoyen (data scientists citoyens, intégrateurs citoyens) ainsi que l'évolution attendue du développement citoyen et des modèles sans code.

Gartner prévoit que nous assisterons, d'ici 2023, à l'accélération de quatre aspects clés de ce phénomène : démocratisation des données et de l'analyse (par l'expansion des outils destinés à l'origine aux data scientists pour toucher la communauté des développeurs professionnels), démocratisation  du développement d’applications (outils d'IA pour tirer parti d'applications développées sur mesure), démocratisation  de la conception (extension du phénomène "sans code" avec l'automatisation de fonctions de développement supplémentaires pour valoriser le développeur citoyen) et démocratisation  de la connaissance (en donnant accès à des outils et des systèmes experts qui permettent à des professionnels non-IT  d'exploiter et d'appliquer des compétences spécialisées au-delà de leur propre domaine d'expertise).

 

L’humain augmenté

L’augmentation humaine est un domaine qui explore les moyens d'utiliser la technologie pour apporter à l'homme des améliorations cognitives et physiques faisant partie intégrante de l’expérience humaine. L’augmentation physique améliore les capacités physiques de l'humain par le port ou l’implantation de composants technologiques. Quant à l’augmentation cognitive, elle consiste à accéder à des informations et exploiter des applications à travers des systèmes informatiques traditionnels et grâce au développement de nouvelles interfaces multiexpériences. Dans les dix prochaines années, la combinaison de ces deux types d’augmentation devrait se généraliser, créant un phénomène de "consumérisation", où les employés chercheront à exploiter ou étendre leurs "augmentations personnelles" pour améliorer leur environnement de travail.

 

Transparence et traçabilité

Les consommateurs sont de plus en plus conscients de la valeur de leurs informations personnelles et exigent de plus en plus de contrôle sur ces informations. De leur côté, les entreprises sont conscientes de la difficulté croissante de sécuriser et gérer les données personnelles. Pour leur part, les gouvernements mettent en œuvre des réglementations de plus en plus strictes pour s'en assurer. La transparence et la traçabilité sont donc des éléments essentiels pour rencontrer ces besoins d'éthique numérique et de protection des données personnelles.

Selon Gartner, transparence et traçabilité se réfèrent à un ensemble de comportements, d’actions, de technologies et de pratiques visant à répondre aux exigences réglementaires et à préserver une approche éthique de l’utilisation de l’intelligence artificielle. Pour mettre en œuvre des pratiques de transparence et de confiance adéquates, les organisations doivent concentrer leur efforts sur trois matières: l’intelligence artificielle et l'apprentissage machine, la confidentialité des données personnelles, et la prise en compte de l’éthique dès la conception.

 

La percée de l’Edge computing

L’Edge computing est une topologie informatique dans laquelle la collecte, le stockage et le traitement des données sont effectués au plus près des sources, des référentiels et des consommateurs d'information. L’Edge computing vise à réduire la latence et exploiter les capacités des systèmes en périphérie.

"L’intérêt actuel pour l’Edge computing découle en grande partie de la nécessité pour les systèmes IoT de fournir des fonctionnalités déconnectées ou distribuées aux systèmes embarqués dans le cadre d'industries spécifiques telles que le secteur manufacturier ou le commerce de détail", a expliqué Brian Burke. "L’Edge computing deviendra un facteur dominant dans pratiquement tous les secteurs d’activité et pour tous les cas d’usage lorsque cette architecture bénéficiera de ressources plus sophistiquées et spécialisées ainsi que de davantage de capacités de stockage. Des architectures Edge complexes impliquant robots, drones, véhicules autonomes et autres systèmes opérationnels - vont accélérer ce changement", a-t-il précisé.

 

Le cloud distribué

Ce type de cloud consiste à distribuer des services de cloud public à différents endroits, le fournisseur de cloud public assumant la responsabilité des opérations, de la gouvernance, des mises à jour et de l’évolution des services. "Le cloud distribué, qui représente un changement important par rapport au modèle centralisé appliqué aujourd'hui par la plupart des services de cloud public, est appelé à constituer une nouvelle étape majeure pour le cloud computing", a commenté le chercheur de Gartner. "D'ici 2024, la majorité des plates-formes de services de cloud computing fourniront des services qui s'exécuteront là où cela est nécessaire", a-t-il ajouté.

 

Objets autonomes

Les objets autonomes sont des dispositifs physiques qui utilisent l'IA pour automatiser des fonctions précédemment exercées par l’homme. Les formes les plus évidentes d'objets de ce type sont les robots, les drones et les véhicules autonomes. Leur automatisation va au-delà de celle procurée par les modèles de programmation rigides et ils exploitent l’IA pour adopter des comportements avancés qui interagissent plus naturellement avec leur environnement et avec les êtres humains. Les objets autonomes seront de plus en plus déployés dans des espaces publics non contrôlés au fur et à mesure de l'évolution des technologies, de la réglementation et de l'acceptation sociale.

"A l'avenir, nous nous attendons à ce que les objets intelligents autonomes passent la main à une multitude d'objets intelligents collaboratifs, plusieurs appareils fonctionnant de concert, indépendamment ou avec la participation de l'homme", a expliqué Brian Burke.

 

La Blockchain mise en pratique

La blockchain a le potentiel de remodeler l’industrie en garantissant la confiance, en assurant la transparence et en permettant l’échange de valeurs entre différents écosystèmes, avec pour corollaire une diminution des coûts, une réduction des délais de règlement des transactions et une amélioration des flux de trésorerie. Ce potentiel est déjà exploité dans la lutte contre la contrefaçon, le traçage de produits alimentaires, la gestion de l'identité ou les smart contracts. "La blockchain reste cependant trop immature pour des déploiements à l'échelle de l'entreprise, en raison de toute une série de problèmes techniques, notamment une faible évolutivité et une interopérabilité limitée. Malgré ces défis, le potentiel de rupture et de génération de revenus de la blockchain est tel que les entreprises se doivent de commencer à l'évaluer, même si elles ne prévoient pas une adoption massive de cette technologie à court terme", a conseillé Brian Burke.

 

IA et sécurité

Gartner estime que l’intelligence artificielle et l'apprentissage machine faciliteront la prise de décision humaine dans un large éventail de cas d’usage, créant des opportunités en matière d'hyperautomation et d'objets autonomes, notamment. Cette évolution posera toutefois de nouveaux défis aux équipes de sécurité en raison de l'augmentation massive des points d’attaque potentiels engendrés par l’IoT, le cloud, les microservices et les systèmes hautement connectés. Pour Brian Burke, les CISOs et les Risk Managers devraient se concentrer sur trois points clés :  la protection des systèmes d’intelligence artificielle, le recours à l’IA pour renforcer la sécurité, et l’anticipation de l'utilisation malveillante de l'IA par des attaquants.

 

Michaël Renotte


Publié le 02 décembre 2019