Par Arnaud Bacros, General Manager chez Dell Technologies Belux.

Qu’il s’agisse d’un choix conscient dans le cadre de votre stratégie IT ou que ce soit la résultante d’un processus de sélection de prestataire cloud non coordonné entre départements, le risque est grand que votre entreprise utilise plusieurs environnements cloud. Ces derniers incluent à la fois des clouds publics et votre propre cloud privé. Travailler avec plusieurs clouds est devenu la nouvelle réalité. Grand défi d’une telle situation? Pouvoir facilement gérer le tout.

Chaque type de cloud présente ses propres avantages. Ceux du cloud public incluent notamment un accès plus rapide aux ressources pour les programmeurs, des coûts initiaux réduits, une plus grande facilité d’évolutivité et l’accès à des services supplémentaires. De son côté, une solution sur-site se traduit généralement par des coûts moins élevés à plus long terme, des temps de réponse plus rapides et, bien entendu, un meilleur contrôle sur vos applis, sur la sécurité et sur la mise en conformité. Quel que soit votre choix, il vous faudra relever une série de défis non négligeables.

 

Défi n° 1: migration et plate-forme

Le premier problème consiste déjà tout simplement à migrer vers les clouds publics. Vos applications ont sans doute été développées pour une architecture IT simple. Elles ne sont donc pas adaptées pour tirer parti de tous les avantages d’une plate-forme cloud, que ce soit en termes de coûts ou de potentiels. Résultat: vous avez besoin de services professionnels externes, coûteux et de longue durée, pour tout préparer pour le cloud public. Et cela provoquera un ralentissement de l’innovation.

Vient ensuite la migration proprement dite. La plupart des entreprises ne peuvent s’autoriser la moindre période d’indisponibilité. Dès lors, transférer plusieurs machines virtuelles vers les clouds publics, connecter une base de données, préparer les données pertinentes, tester l’ensemble de la configuration et, seulement alors, transférer effectivement un lot de traitements vers le cloud, s’avère une entreprise complexe et chronophage. Plus vous multipliez les prestataires cloud, plus la chose devient complexe.

 

Défi n° 2: la pertinence des compétences et méthodes de développement

Le cloud vous procure davantage de rapidité et de flexibilité. Cela accentue la pression sur les développeurs. En effet, la méthode agile et DevOps qu’adoptent de nombreuses entreprises implique également que les développeurs doivent maîtriser des compétences qui sont traditionnellement l’apanage des équipes IT opérationnelles et des spécialistes en sécurité.

Le vocable “DevOps” inclut - de manière ironique - l’élément “Ops”. Ironique, disons-nous, car les développeurs choisissent souvent d’éluder le côté typiquement opérationnel et discipliné des “Ops”. De manière toute aussi fréquente, ils doivent ensuite demander de l’aide à l’équipe IT-ops. Il est donc crucial de susciter une véritable mentalité “DevOps” qui privilégiera, dès le départ, une étroite collaboration entre les développeurs et les services IT opérationnels. Cela garantira la stabilité des nouvelles applis, quel que soit l’environnement cloud où elles sont hébergées.

S’ajoute à cela que les services gérés dans le cloud utilisent un autre langage de programmation. Cela exige dès lors de vos équipes d’apprendre ces langages et de parfaire leurs connaissances en matière de développement d’applications qui ont recours à des API. Ces facteurs font peser une pression considérable sur les développeurs et le personnel IT, leur imposant de perfectionner continuellement leurs compétences.

 

Défi n° 3: les activités quotidiennes

Cela paraît simple. Recourir au cloud simplifie et transpose une bonne dose de responsabilités opérationnelles IT vers le prestataire cloud. Cela ne veut toutefois pas dire que vous pouvez vous décharger totalement de vos activités IT quotidiennes. Nous avons constaté que cette apparente simplicité et que cet allègement de la complexité opérationnelle se traduisent par un regain de vulnérabilité des environnements opérationnels. Dans un environnement cloud, la discipline opérationnelle est d’une importance encore plus vitale dans la mesure où le contexte est plus nuancé que les architectures traditionnelles.

Qui plus est, un prestataire de cloud public ne garantira ses niveaux de services qu’en fonction de la convention passée. Dès lors, si vous ne respectez pas les règles, vous n’avez aucun recours en cas d’incident. De plus, la complexité s’accroît énormément à mesure que le nombre des partenaires avec lesquels vous collaborez augmente. Et il est difficile d’évaluer les coûts et niveaux de service de plusieurs environnements dans la mesure où chacun d’eux opère souvent avec ses propres outils.

 

Défi n° 4: sécurité et observance

Le cloud implique une accessibilité ouverte, à partir de tout endroit dans le monde. Résultat: le risque de cyber-attaques est plus grand. Souvent, les mesures de sécurité existantes ne sont pas transposables vers les clouds publics, ce qui signifie que les entreprises doivent implémenter de nouvelles règles de sécurité. Si l’on est moins au fait des principes de fonctionnement du cloud, le risque est élevé qu’une vulnérabilité s’insinue dans votre infrastructure. Compte tenu du fait que les données voyagent dans différents clouds voire même dans différetes régions du globe, veiller au respect des contraintes de sécurité et des règlementations peut s’avérer chronophage.

 

Commencez par résoudre l’un de ces défis, pas les quatre en même temps

Ces quatre défis ont de quoi largement occuper tout département IT. Qui plus est, il existe différentes manières de trouver une solution à chaque défi. J’estime toutefois qu’il peut être facile d’évoluer vers du multi-cloud en adoptant une démarche hybride cohérente.

Le principe du software defined datacenter - autrement dit, la virtualisation de la puissance de calcul, du réseau et du stockage - vous libère de l’infrastructure sous-jacente. Si la configuration est prise en charge par les prestataires de services cloud auxquels vous désirez faire appel, la comparaison multi-cloud peut changer radicalement. Je vous en donne quelques exemples:

- Migration - Elle peut largement se résumer à une simple opération de drag & drop en déplaçant les machines virtuelles et leurs règles sous-jacentes vers le cloud public. C’est vrai que vous ne disposez pas, dans ce cas, d’une appli entièrement “native du cloud” mais vous pouvez bénéficier quasi de la même manière des fonctions de cloud public. L’avantage est que ces applis sont davantage échangeables entre clouds.

- Méthodes de développement et compétences - Les bonnes pratiques en vigueur au sein de votre salle serveurs peuvent être appliquées dans des environnements cloud, permettant ainsi à vos développeurs de continuer à utiliser les languages de programmation auxquels ils sont habitués, sans devoir assumer de nombreuses tâches opérationnelles. Dans la mesure où ils disposent d’un environnement d’exploitation normalisé dans plusieurs clouds, leur marge d’innovation s’en trouve renforcée.

- Activités quotidiennes - Une approche réellement hybride permet de surveiller plusieurs environnements, de manière automatisée, au départ d’une seule console de commande. Ce qui a pour effet de diminuer sensiblement le temps et les efforts nécessaires pour assurer la maintenance d’environnements multi-cloud. Cela garantit en outre une plus grande transparence de l’ensemble des ressources, quel que soit l’endroit où elles se trouvent. Ce qui, à son tour, autorise des opérations IT plus efficaces et donne la possibilité de mesurer le ROI de chaque fournisseur.

 

Lorsque vous élaborez votre stratégie cloud, quel que soit le panachage de clouds publics et privés que vous choisissiez, opter pour une stratégie de cloud hybride est la démarche la plus simple. Au lieu d’être constamment accaparé par les modifications effectuées par les fournisseurs, par l’instabilité de vos effectifs IT et par le recours à de nouveaux prestataires de services cloud, une approche hybride cohérente, basée sur des technologies de virtualisation de tout premier ordre, peut donner naissance à la plate-forme multi-cloud réactive et pérenne que votre entreprise maîtrisera elle-même. Par le passé, cette approche, qui a fait ses preuves, a permis à des entreprises de conférer ordre et stabilité à leur environnement informatique. Il est désormais possible de faire la même chose pour le cloud.


Publié le 25 février 2020