C'est autour de la thématique "Patients as Partners: where do we stand?" que plus de 150 professionnels du secteur de la santé, s'étaient donné rendez-vous au Vauban Event Center, pour assister à la 6ème édition du Luxembourg Healthcare Summit. Au programme de cet événement : conférences d'experts locaux et internationaux, présentation des tendances actuelles et nouvelles solutions, puis plus tard, cérémonie des Luxembourg Healthcare Awards 2019 !

C'est tout d'abord Sandrine Stauner-Facques (Journaliste et Chargée de Communication – Semper & Letz be Healthy) et master of ceremony d'un jour, qui a accueilli les participants à cette nouvelle édition du Luxembourg Healthcare Summit, avant de passer la parole à Eric Mertens (Editeur et Rédacteur en Chef, Semper & Letz be Healthy). "Comme le disait Hypocrate, nous devons diriger le régime des malades à leur avantage. Cependant, la médecine paternaliste n'est plus, et le patient doit aujourd'hui comprendre son traitement et doit en être convaincu afin que celui-ci soit efficace," a-t-il expliqué. Comme il l'a souligné, de nombreuses choses ont désormais changé, entre le dossier médical partagé, internet, et toute une multitude d'outils, qui tous devraient libérer du temps pour les soins et le dialogue avec les patients. "Nous assistons également à une prise de conscience et voyons le patient comme un partenaire," a commenté Eric Mertens.

 

Le Design Thinking pour créer une innovation centrée sur l'humain

Marc Sniukas (Director – Strategy & Innovation, Deloitte) a, par la suite, pris la parole et a tout d'abord partagé l'exemple de la transformation d'un établissement de santé suisse, la clinique Hirslanden, suite à l'arrivée d'un nouveau Managing Director. "Celui-ci avait le sentiment que tout n'était pas fait pour le client, mais plutôt pour l'argent. Il a donc décidé d'analyser les raisons pour lesquelles les patients venaient dans son hôpital et les a interrogés, ainsi que les docteurs et le staff. Il en est ressorti que ce ne sont pas patients mais qui choisissent mais bien leurs docteurs. Il est donc nécessaire de traiter ces derniers comme des clients. Il en a conclu qu'il était nécessaire de retravailler son business model. Il a notamment embauché un ancien manager d'un hôtel étoilé, pour créer de nouvelles expériences," a expliqué Marc Sniukas.

L'expert de Deloitte a par la suite décrypté certaines des tendances actuelles du secteur, entre le vieillissement de la population et l'augmentation des coûts de santé. Selon lui, "les établissements de santé doivent innover pour rester pertinent. Il ne s'agit pas uniquement de technologie ou de digital, mais aussi de la façon dont les hôpitaux sont gérés, leur organisation, etc. Pour cela, nous préconisons une approche de Design Thinking". Cette méthode est populaire dans de nombreuses industries : elle impacte la qualité de l'innovation, réduit les risques, et consiste en une approche flexible. Selon David Kelley, fondateur d'IDEO, il s'agit d'une approche centrée sur l'humain, prenant en compte les besoins des personnes, les possibilités offertes par la technologie et prend en compte la viabilité du business : il s'agit d'une approche holistique. Marc Sniukas a ensuite présenté les différentes étapes et process du Design Thinking: "empathize", "define", "ideate", "prototype" and "test & iterate". Il a conclu son intervention en expliquant que Steve Jobs avait pu révolutionner tout le marché avec un focus sur l'expérience client, améliorée grâce via la technologie.

 

L’approche Patient-Partenaire à l’Institut Curie

Tel était le nom de la présentation de Véronique Gillon (Directrice Opérationnelle de la Recherche, Institut Curie). Après une présentation de l'institut et de ses différentes composantes (centre de recherche, head office et ensemble hospitalier), elle est revenue sur la mise en place de trois projets innovants, chacun avec un focus bien particulier : scientifique, médical et scientifique et un concernant l'ensemble hospitalier. "Le patient est au cœur de tous nos projets, et de la stratégie globale : nous avons le désir d'accélérer l'innovation et de combiner nos forces de recherche et médicale," a commenté Véronique Gillon, qui s'est par la suite intéressée aux projets menés au sein de l'ensemble hospitalier. "Le premier projet est axé sur la démocratie sanitaire. C'est une démarche qui vise à associer, dans un esprit de dialogue, de concertation et de réflexion partagée, l’ensemble des acteurs et usagers du système de santé dans l’élaboration et la mise en œuvre de la politique de santé. Le projet vise notamment à moderniser la compréhension des problématiques de santé mais aussi à encourager l’émergence de nouvelles réponses aux besoins des patients," a ajouté la directrice opérationnelle. L'idée est donc de passer d'une démocratie sanitaire à une démocratie en santé, en responsabilisant le patient, qui est au cœur du process.

Véronique Gillon a aussi décrit certains de projets menés dans le domaine de l'e-santé, notamment avec la création de l'application myCurie, un portail unique pour les patients, facile d'utilisation et intuitif, répondant bien entendu également aux besoins des professionnels. C'est ensuite l'application "Moovcare" qui a été décrite : elle permet d’optimiser le suivi du patient tout au long du parcours de soins, et permet d'améliorer la survie en détectant de façon précoce la rechute et les complications pour les patients atteints d'un cancer du poumon. La directrice opérationnelle a ensuite abordé les comités de patients, afin de mieux intégrer le patient dans les processus décisionnels. Leurs missions sont multiples : sensibiliser les équipes hospitalières de la nécessité d’informer le patient, avec l’aide des professionnels de santé, rédiger des notes d’information sur la maladie, son diagnostic et ses soins, permettre aux patients de se rencontrer, d’échanger et de se soutenir et enfin promouvoir la communication entre les patients et les professionnels de santé. Elle a conclu sa présentation en présentant la refonte du site web et notamment de la rubrique concernant les essais cliniques, suite aux recommandations de l'OECI qui demandait une plus grande visibilité pour les patients.

 

Ensuite, une table ronde autour de la thématique du "Patient Partenaire" et ses implications pour les patients et les soignants/aidants, a été organisée, avec la participation d'Anne-Marie Hanff (Présidente de l’ANIL, infirmière diplômée et infirmière scientifique), Marie-Paule Sidon (Cadre Soignant Chef de département, Centre Hospitalier de Luxembourg), Snejana Granatkina (Membre du Conseil d’administration de l’ALAN), Jean Huss (Vice-President, Patiente Vertriedung) et Laurent Casu (Global Healthcare Director, TAKTIK). La modération était assurée par Eric Mertens.

Jean Huss a tout d'abord fait un état des lieux de la "patient centricity" en Europe : "ces nouvelles approches de partenariats sont intéressantes, mais dépendent des patients, certains sont passifs, alors que d'autres veulent être les acteurs de leur santé et s'intéressent même à la prévention. Nous devons favoriser l'autonomie du patient en lui apportant un soutien supplémentaire, psychologique et social". Il a également souligné le fait que le Luxembourg a aujourd'hui le troisième système de santé le plus cher au monde et que les politiques ainsi que les professionnels de santé doivent désormais travailler ensemble pour combattre l'augmentation des nouvelles malades chroniques.

Pour Marie-Paule Sidon, il est important de noter que les patients qui arrivent aux urgences se trouvent généralement dans une situation critique et donc que la prise charge est clé. "Il faut désormais l'inclure, avoir des approches multiples, et même opter pour un coaching santé. La prise de décision partagée doit être intégrée dans le parcours client. Les maladies chroniques sont plus nombreuses alors que les gens vivent plus longtemps : les patients doivent donc partager leurs expériences. Il s'agit aujourd'hui d'un travail d'équipe," a expliqué la Cadre Soignant Chef de département, Centre Hospitalier de Luxembourg.

Snejana Granatkina s'est quant à elle intéressée aux maladies rares, le patient étant parfois perdu car il n'existe que très peu de médecins spécialistes. "Une maladie rare correspond à moins de 5 cas sur 10 000. On décompte plus de 30 000 personnes atteintes au Luxembourg. Le partenariat patient-médecin prend tout son sens et il est crucial de discuter, de collaborer et donc de chercher une solution ensemble," a-t-elle expliqué.

Comme l'a souligné Anne-Marie Hanff, les professionnels du secteur de la santé ne sont parfois pas prêts à donner une place aux patients. "Ils ne discutent pas forcément avec eux, et dans un milieu hospitalier, c'est la structure qui dirige le déroulement de la journée. Or, aujourd'hui, il ne faut plus infantiliser le patient, et nous devons lui donner la parole, tout en l'aidant à comprendre ce qui se passe," a ajouté la Présidente de l’ANIL.

C'est ensuite Laurent Casu qui est intervenu pour discuter de l'amélioration des soins de santé, avec un côté technologique. "La collaboration est importante et peut se faire grâce à cette notion de plateforme qui permet aux patients de communiquer et d'échanger avec les praticiens en toute sécurité. L'information doit être structurée, sécurisée et permanente. Elle doit circuler à tous les niveaux," a commenté l'expert tech.

Les experts ont clôturé la discussion en abordant l'éducation et la formation. Pour Marie-Paule Sidon, "il existe beaucoup de possibilités et de structures de formations : nous avons toutes les cartes en main pour assurer ces partenariats patients". Quant à Jean Huss, il a souligné la mise en place d'un nouveau tarif horaire permettant plus de communication, ainsi que l'introduction de la notion de santé environnementale.

La digitalisation de la santé

Les organisateurs ont ensuite accueilli Michael Mossal (Director – Digital, Transformation Lead Luxembourg, NTT), pour une présentation avec un focus sur la disruption et notamment la digitalisation du secteur de la santé. L'expert a débuté par deux citations de Salim Ismael : "When you try to innovate within a company its immune system will attack you" et "Technology is science – getting people to use it is art". Après avoir présenté les activités de NTT, il s'est intéressé aux grandes tendances qui transforment le secteur de la santé : traitements à distance, télémédecine, télésanté, mais aussi le vieillissement de la population et l'arrivée de la 5G au Luxembourg. "Les applications mobiles impactent également le secteur, et on note que les patients veulent plus de collaboration et veulent même participer à leur santé," a-t-il souligné. Comme l'explique l'expert tech, ce sont les infrastructures et leurs architectures qui permettent de tels changements : la technologie change les attitudes et les habitudes. Michael Mossal a par la suite présenté quelques applications de la télémédecine, l'application des "wearables", et l'importance de la "data analytics", avec notamment l'intelligence artificielle et le machine learning. Puis, pour conclure, il a partagé quelques cas clients concrets : la mise en place d'une plateforme digitale de santé pour un hôpital au Grand-Duché, la participation à un appel à projet concernant l'utilisation de la technologie 5G et enfin les travaux effectués en collaboration avec Laboratoires Réunis, permettant de géolocaliser les échantillons de sang.

 

Du Patient Partenaire au Citoyen Partenaire

Le dernier guest speaker de la journée, Lionel Lamhaut (Président de SAUV Life, Associate Professor of Medicine (MCU-PH) à l’Université Paris Descartes), a débuté son intervention en rappelant les chiffres alarmants concernant le nombre d'arrêts cardiaques au Luxembourg ainsi qu'en France, avec un taux de survie de 2 à 3% au Grand-Duché. "Il s'agit l'une des premières causes de mortalité en Europe. Nous avons parlé du patient partenaire, mais pourquoi ne pas aller plus loin et parler du citoyen partenaire. C'est ce que nous avons souhaité faire avec SAUV Life," a commenté Lionel Lamhaut. A titre d'exemple, le taux de survie grimpe à 74% à Las Vegas, ville dans laquelle on trouve de nombreuses caméras et où les employés des casinos sont formés aux massages cardiaques : la marge de progression est donc énorme.

"Tout se joue en quelques minutes. Les secours arrivent généralement en une dizaine de minutes. L'idée est donc de faire intervenir les citoyens qui se trouvent à proximité. Ils sont une partie importante de la chaine de survie. SAUV Life a été développé avec l'accord des professionnels du secteur, car ils devaient jouer le jeu. Nous nous sommes associés à des partenaires et mécènes tels qu'Uber (pour leur maitrise de la géolocalisation) ou encore avec Citycare, qui gère les défibrillateurs en France," a expliqué le fondateur de la startup. Selon lui, faire un massage cardiaque n'est pas un acte technique, mais bien un acte citoyen : les personnes qui ne sont pas formées sont guidées via l'application par les secours. Concernant les données de géolocalisation, celles-ci ne sont en aucun cas conservées. Aujourd'hui, l'application compte plus de 280 000 utilisateurs et a permis de sauver une soixantaine de vie en 16 mois. L'application a notamment été récompensée au CES de Las Vegas. Et d'autres développements sont aujourd'hui en cours afin de créer tout un écosystème de survie.

 

Enfin, c'est à Eric Mertens qui sont revenus les mots de conclusion. Celui-ci a alors cité les speakers qui l'ont précédé, avec les mots-clés suivants : "innovons dans la façon de gérer l'hôpital", "partons du point de vue du patient", "utilisons l'émulation", "avançons step by step", ou encore "développons des cas qui fonctionnent en dehors de l'hôpital".

 

Puis, l'événement s'est terminé par la cérémonie des Luxembourg Healthcare Awards. Le résumé de cette soirée est à découvrir ICI.

 

Alexandre Keilmann

Photos : Dominique Gaul


Publié le 10 octobre 2019