Avec une sécurité optimale et une confiance renforcée entre les membres d’une même communauté, les échanges d’informations, mais également de biens, d’énergie et, bien entendu, d’argent pourraient s’effectuer sans l’intervention d’un tiers. Il s’agit là de l’une des promesses de l’utilisation de la Blockchain. Cette hypothèse, avancée à l’occasion du Symposium 2018 organisé par le cabinet Gartner et notamment par David Furlonger, pourrait bien séduire de plus en plus de communautés en quête d’indépendance. Voici la "Blockchain Society" !

"Selon certains, l’environnement dans lequel nous évoluons actuellement est de plus en plus fragile, voire cassé et peut-être même en fin de cycle : le triangle de fer ne soutient désormais plus le poids de notre société, avec ses nombreux changements et transformations récentes. Dès lors, pourquoi ne pas se pencher sur la tendance Blockchain, qui pourrait offrir de nouvelles perspectives et manières d’évoluer au quotidien ?" se demande l’analyste qui se spécialise dans l’évolution du monde digital. Il explique également que les sociétés, infrastructures et gouvernements font face à des challenges similaires, allant d’une forte pression politique à la montée des fake news, ou infox (combinaison de "info" et "intox"). "Ces pressions sont intenses et la manière dont nous percevons l’argent ainsi que son format – fiduciaire ou digital – redéfinit la notion de contrôle. Ainsi, un système décentralisé, développé autour de la Blockchain, qui requiert la participation et l’implication de tous les membres d’une communauté pour le bien de la totalité de celle-ci, offre de nouvelles opportunités".

Une société, ou un groupe de personnes ayant des interactions sociales en quasi-permanence, combinée à la technologie Blockchain – toute une série de crypto-documents signés et validés électroniquement, avec l’enregistrement de chaque modification et transaction, assurant ainsi une transparence totale – pourrait donner lieu à la création de la "Blockchain Society", avec une autorité totalement repensée, mais également partagée et se basant sur des capacités technologiques et intelligentes. "Si cela peut paraitre effrayant pour certains, cette société présente de nombreux avantages et opportunités pour les membres qui prendront part à la création de cette société d’un nouveau genre," ajoute le Distinguished VP Analyst. Il se pose également la question suivante : quels sont les éléments qui pourraient permettre le développement et l’avènement d’une telle société ? Les réseaux et la puissance informatiques, une vaste collaboration entre les différents acteurs présents, les objets intelligents, la fluidité et la monétisation des actifs, mais aussi et surtout une confiance décentralisée et distribuée. "Et si nos sociétés actuelles connaissent de nombreuses barrières, cette Blockchain Society fait fi des limites traditionnellement imposées : mieux encore, elle en joue. Elle ignore notamment les frontières géographiques et celles de l’entreprise telle qu’on la connait de nos jours. Pour faire simple, ce type de sociétés se développe sans aucune notion de limite ou de frontière," commente David Furlonger.

La Blockchain offre également la promesse d’une nouvelle structure organisationnelle, se basant sur la participation plutôt que sur la possession. Ainsi, elle représente un espoir de voir apparaître plus d’équité et d’impartialité dans la prise de décision. Elle correspond alors à une gouvernance sociétale basée sur le concept de futarchie, promu par l’économiste américain Robin Hanson, et se basant sur les marchés prédictifs ainsi que sur le bien-être et la prospérité de la communauté. Celle-ci propose aux membres d’écouter leurs suggestions, et c’est le vote qui répond aux problématiques majeures soulevées, tout en s’appuyant sur les prédictions des marchés : on parlera alors de démocratie liquide ou délégative. Comme l’explique l’expert de Gartner, "cela se passe notamment pour ce que l’on appelle les investissements civiques. Par exemple, dans le cas d’un micro-réseau de distribution intelligente et autonome d’énergie solaire à un niveau local, un marché se crée automatiquement et instantanément. Les gens peuvent produire leur propre énergie, en contrôler l’accès, et décider de l’investissement nécessaire à sa réalisation".

Dans les faits, et à l’heure actuelle, l’Estonie se penche d’ores-et-déjà sur la création d’une nation Blockchain : une suite logique pour un pays qui, depuis son indépendance obtenue en 1991, mise fortement sur le digital avec la création d’e-identités, de systèmes de mobilité innovants et de santé connectée, et bien plus encore. "D’autres pays s’y intéressent également et poursuivent des initiatives allant dans ce sens : il s’agit notamment de la Lituanie, Chypre, Malte ou encore Singapour. Leur but est de créer un nouvel environnement économique, de faciliter l’accès à l’innovation, en encourageant les startups à s’installer dans leur pays", commente David Furlonger. Dans de telles sociétés et avec ce nouveau paradigme de confiance numérique, la Blockchain joue le rôle de chef d’orchestre. Enfin, lorsqu’il s’agit d’argent – et potentiellement de crypto-monnaie –, la société est amenée à passer d’un système fiduciaire centralisé et contrôlé par les gouvernements et les banques centrales, à l’utilisation d’actifs numériques. Cela consiste à transférer la notion de contrôle ainsi que la valeur vers les personnes et réseaux. Combinés, tous ces éléments permettent aussi d’entrer dans une nouvelle ère de l’entrepreneuriat avec des modèles économiques à réinventer. Dès lors, plutôt que de miser sur un futur basé sur l’argent et la possession, on privilégiera la création de valeur(s).

En guise de conclusion, David Furlonger précise que ce type de sociétés pourrait rapidement voir le jour, et ce dans les 5 prochaines années : "avant tout, il est nécessaire de comprendre et d’appréhender les risques, challenges légaux, et les nombreuses implications qui en dérouleraient. Comment la Blockchain va-t-elle transformer la façon dont nous vivons au quotidien ? C’est seulement après avoir répondu à ces interrogations que nous pourrons nous atteler à créer ces applications et organisations innovantes".

 

Alexandre Keilmann

Photo : Shutterstock - elenabsl

 

Cet article a déjà fait l'objet d'une parution dans Urban BEAST #14


Publié le 25 mars 2019