Laurent Gateau de Sia Partners nous présente le "Consulting 4.0" et discute des dernières tendances IT qui transforment actuellement les sociétés, tous secteurs confondus. Enfin, il partage ses conseils pour une transformation digitale réussie.

Pouvez-vous revenir sur la création de Sia Partners ainsi que sur votre mission principale ?

Sia Partners a été créé il y a 20 ans cette année à Paris. En grandissant, les fondateurs ont intégré des professionnels venus du monde du conseil en veillant à conserver leur état d’esprit initial. Actuellement nous avoisinons les 1.500 consultants présents dans plus d’une vingtaine de bureaux dans le monde et enregistrons un chiffre d’affaires annuel de 280 millions d’euros.

Nous accompagnons nos clients dans la conduite de leurs projets de transformation en leur proposant une expertise couplant une assistance à la (re)définition de leur stratégie et la gestion opérationnelle des projets qui en résultent. Notre expertise couvre principalement les dimensions suivantes : transformation organisationnelle et technologique (RPA, Datascience, IA),  digitalisation, performance financière et opérationnelle, marketing & relation client.

 

Quels sont les secteurs sur lesquels vous êtes particulièrement actifs ?

Chez Sia Partners, nous disposons d’une approche matricielle par secteurs d’activité et par services. Au total, nous disposons dans le réseau d’une expertise métier couvrant les secteurs financiers et non-financiers pour des clients tant privés que publics, les principaux secteurs dans lesquels nous sommes reconnus internationalement étant la banque, l’énergie et le transport.

Pour ce qui est de notre entité au Luxembourg, nous travaillons principalement avec des clients du secteur financier dans les domaines de la banque (gestion de patrimoine et gestion d'actifs), des fonds, de l’assurance ainsi qu'avec des clients du secteur non-financier dans les domaine de l’industrie, des services et de l’énergie, tant sur des projets locaux que transfrontaliers.

 

Vous insistez sur le "Consulting 4.0". Pouvez-vous nous expliquer ce concept ?

Le concept de consulting 4.0 est une transposition du terme d’industrie 4.0 qui déjà utilisé depuis un certain temps pour désigner l’industrie du futur, à l’heure de la quatrième révolution industrielle que nous vivons.

L’industrie 4.0 correspond à une nouvelle façon d’organiser les moyens de production. Cette nouvelle industrie s'affirme comme la convergence du monde virtuel, de la conception numérique, de la gestion (finance et marketing) avec les produits et objets du monde réel.

Sia Partners a donc inventé le concept de consulting 4.0, car nous avons tôt pris conscience qu’il fallait aider nos clients à pénétrer dans cette nouvelle ère de la transformation digitale et qu’une approche traditionnelle ne pouvait pas être pleinement efficace. Pour réussir ce défi ambitieux, le monde du conseil doit d’abord s’adapter voire se réinventer à travers la notion de « consultants augmentés ».

Cette (r)évolution s’appuie sur deux piliers. D’une part le marché du conseil devient de plus en plus « analytics-driven ». Les consultants doivent identifier et donner du sens à des sources de données plus nombreuses mais non structurées. La montée en puissance programmée de l'open data ouvre des champs quasi illimités avec l'évolution des régulations.

D’autre part, au-delà de la maîtrise des technologies (RPA, Blockchain, Datascience) et de leurs dimensions scientifiques, c'est la pertinence des usages qui sera décisive. Ces démarches peuvent être classées en quatre grandes catégories : l'optimisation, l'augmentation, la prédiction et l'aide à la prise de décision.

 

Quelles sont les grandes tendances IT qui impactent aujourd'hui les entreprises ? Comment les appréhender ?

Ces dernières années ont vu l’émergence d’un très grand nombre de nouvelles technologies (RPA, IA, Datascience) dans la gestion et le traitement des données. Elles permettent la mise en place de nouvelles démarches au sein de l’organisation : optimisation, augmentation, prédiction et aide à la prise de décision :

L'optimisation repose sur le potentiel d'automatisation d'un grand nombre de tâches. Elle provoque une angoisse sur l'emploi car c'est là que s'observent des gains de productivité parfois très élevés, bien loin des process classiques d'amélioration continue.

L'augmentation permet d'enrichir et d'innover. Elle propose de nouveaux produits et services, aujourd'hui non disponibles ou trop coûteux sans application d'intelligence artificielle. C'est bien un processus fondamentalement créatif qui peut créer des emplois.

La prédiction relevait hier encore de la science-fiction. Pourtant, il s'agit maintenant de cas concrets. Par exemple, les fournisseurs d'électricité intègrent la prévision météo dans la production ou la consommation d'électricité afin d’ajuster au mieux les capacités de l’outil industriel.

L'évolution de l'aide à la prise de décision permet d'agir - à la fois au quotidien et dans une planification à moyen terme - sur la base d'analyses de corrélation et de scoring. Ce n'est plus un outil réservé au management, il peut être largement partagé au sein des entreprises.

Ces technologies représentent de véritables opportunités à tous les niveaux de l’organisation (finance, production, marketing, RH, etc.). Il est aujourd’hui essentiel de les prendre en considération lors la mise en œuvre de projets de transformation.

 

Quel sont vos trois conseils aux entreprises luxembourgeoises qui s'engagent dans des projets de transformation digitale ?

Le premier conseil serait d’intégrer les nouvelles solutions technologiques énoncées précédemment dans le processus de réflexion. Il se peut que l’organisation ne soit pas entièrement prête ou que les solutions nécessitent adaptées. Pour autant, cela peut être l’opportunité de prendre connaissance de l’offre et de la considérer pour les intégrer dans de futures initiatives.

Une fois les initiatives de transformations initiées, le deuxième conseil serait d’éviter les projets ayant un horizon supérieur à 1 an ou, le ca échéant, de les diviser en phases ne dépassant pas cette durée. En effet, des échéances plus longues induisent très fréquemment des changements de paradigme ou de finalité du projet couplé à une baisse de la mobilisation et de l’intérêt pour le projet de la part des équipes ce qui rend plus difficile de les mener à terme avec un plein succès.

Enfin, le dernier conseil, mais le plus essentiel, est de ne pas négliger l’aspect humain qui restent primordial pour la bonne réalisation d’un projet mais aussi pour en assurer la pérennité et l’évolution dans la durée. Cela peut paraître trivial au premier abord mais trop souvent les longs projets de transformation, même brillamment exécutés techniquement, ne trouvent que peu d’adhésion auprès des équipes pendant leur réalisation et surtout une fois mis en ouvre. Le change management et l’implication des équipes restent le premier facteur de succès de la mise en place de solution technologiques qui toutes révolutionnaires soient elles n’en restent pas moins des outils pilotés par des hommes.  


Publié le 11 septembre 2019