Au cours du Gartner IT Symposium/Xpo 2019 qui s'est déroulé du 3 au 7 novembre à Barcelone, Daryl Plummer, Distinguished VP Analyst & Chief of Research for Emerging Trends, a présenté aux participants les prédictions du cabinet à l'attention des organisations et des utilisateurs pour 2020 et au-delà.

La place de l'humain dans un monde digital

"La technologie modifie la notion même d'humanité", a déclaré Daryl Plummer aux CIOs et décideurs IT rassemblés dans l'auditorium du CCIB. "Les travailleurs et les citoyens perçoivent la technologie comme un moyen d'améliorer de leurs capacités, mais ils ne réalisent pas que la condition humaine en est également altérée. Les CIOs doivent comprendre les effets de ce changement et redéfinir les attentes en matière de technologie. Au-delà des perspectives dans certains des domaines les plus critiques de l’évolution technologique, nous avons tenu, cette année, à dépasser la simple réflexion sur l’adoption de certaines technologies et à nous immerger plus profondément dans les questions relatives à ce que cela signifie d'être humain dans un monde numérique", a-t-il déclaré.

 

D'ici 2023, 30% des organisations informatiques auront étendu leurs politiques BYOD au BYOE (Bring Your Own Enhancement) pour tenir compte des humains augmentés sur le marché du travail

Selon Gartner, le concept de travailleur augmenté a gagné en popularité en 2019 en raison des progrès des technologies portables. Ces wearables améliorent la productivité et la sécurité sur le lieu de travail dans beaucoup de secteurs, comme l'automobile, le pétrole et le gaz, la vente au détail et les soins de santé.

"Même si les responsables informatiques sont conscients de l'impact de ces technologies, c’est bien le désir des consommateurs de s’améliorer physiquement – notamment à l'aide d'implants - qui poussera à leur adoption", a commenté Daryl Plummer. Selon lui, "les entreprises doivent contrôler l'usage de ces technologies tout en permettant aux employés de les utiliser dans l’intérêt de l’organisation, ce qui signifie qu’il faut exploiter les avantages qui découlent de l’augmentation physique humaine par la mise en œuvre d’une stratégie BYOE".

 

D'ici 2023, le nombre de personnes handicapées ayant accès à l'emploi triplera grâce à l'IA et aux technologies émergentes

"Les personnes handicapées constituent un bassin inexploité de talents extrêmement compétents", a relevé Daryl Plummer. "L'intelligence artificielle, la réalité augmentée, la réalité virtuelle et d'autres technologies émergentes rendent aujourd'hui le travail plus accessible aux employés handicapés. Certains restaurants, par exemple, ont commencé à tester une technologie IA permettant à des employés paralysés de contrôler à distance des serveurs robots."

D'après Gartner, les entreprises qui emploient des personnes handicapées gagnent non seulement la bienveillance de leur communauté, mais elles connaissent également une augmentation de la productivité de leurs employés, des taux de rétention plus élevés et une rentabilité accrue. "En outre", a ajouté Daryl Plummer, "davantage de diversité signifie plus de perspectives. Les employés handicapés peuvent apporter une nouvelle vision du développement de produits, augmentant ainsi le potentiel de ceux-ci de séduire une nouvelle clientèle".

 

D'ici 2024, l'Organisation mondiale de la santé aura identifié l'achat en ligne comme un trouble addictif, dans la mesure où des millions de personnes abusent du commerce numérique et connaissent des difficultés financières

Selon Gartner, les dépenses de consommation via les plateformes de commerce électronique continueront d'augmenter de plus de 10% d'une année sur l'autre jusqu'en 2022. La facilité de faire des achats en ligne entraînera des difficultés financières pour des millions de personnes, les marchands en ligne utilisant de plus en plus l'IA et la personnalisation pour cibler les consommateurs et les inciter à dépenser un revenu qu'ils n'ont pas. Les dettes et les faillites personnelles qui en résulteront entraîneront des dépression et autres problèmes de santé liés au stress, ce qui éveillera l’attention de l’OMS.

"Les effets secondaires d'une technologie qui favorise les comportements addictifs ne touchent pas que les consommateurs", a noté Daryl Plummer. "Les CIOs devraient également s'inquiéter des pertes de productivité potentielles chez les employés qui négligent leur travail pour effectuer des achats en ligne. De plus, des réglementations visant à promouvoir des pratiques de vente en ligne responsables pourraient obliger les entreprises à avertir les clients sur le point d'effectuer des achats en ligne, comme c'est le cas pour les casinos ou les fabricants de cigarettes", a-t-il averti.

 

D'ici 2024, l'identification des émotions par l'IA influencera plus de la moitié des publicités en ligne

Avec les progrès enregistrés dans le domaine des capteurs de suivi biométrique et l'évolution de l'intelligence émotionnelle artificielle (Artificial Emotional Intelligence, AEI), les entreprises pourront bientôt détecter les émotions des consommateurs et utiliser ces connaissances pour augmenter leurs ventes, d'après Gartner.

A côté des indicateurs environnementaux et comportementaux, la biométrie permet d'atteindre un niveau d'hyperpersonnalisation plus profond. Selon une étude menée par la firme, 28% des spécialistes en marketing classent l'IA et l'apprentissage machine parmi les trois technologies les plus performantes, et 87% des agences de marketing cherchent actuellement à augmenter le niveau de personnalisation de leurs campagnes.

"L'AEI permet à des expériences à la fois numériques et physiques de devenir hyper personnalisées, de capter le ressenti des clients à un moment d'achat spécifique, bien mieux que la détection des clics et l'historique de navigation", a affirmé Daryl Plummer. "Avec la promesse de mesurer et d’engager les consommateurs sur une base autrefois considérée comme intangible, le marketing empathique revêt une valeur considérable pour les marques comme pour les consommateurs, à condition d'être utilisé dans les limites de la protection des données privée", a-t-il averti.

 

D'ici 2023, les activités individuelles seront tracées numériquement par l'Internet du Comportement afin d'influer sur l'admissibilité aux allocations et aux services, et ce pour 40% des personnes dans le monde

Avec la reconnaissance faciale, le suivi de la localisation et les big data, les organisations commencent à surveiller les comportements individuels et à les associer à d'autres actions numériques, comme l'achat d'un billet de train. L'Internet des Objets (IoT) est en passe d'être étendu aux personnes. Ce phénomène est appelé Internet du Comportement (Internet of Behavior, IoB).

"Avec l'IoB, des jugements de valeur sont appliqués à des événements comportementaux pour créer un état de comportement souhaité", a expliqué Daryl Plummer. "Dans les pays occidentaux, l’exemple le plus notable de modèle commercial basé sur l’utilisation et le comportement est celui de l'assurance. A long terme, il est probable que presque toutes les personnes vivant dans une société moderne seront exposées à une forme quelconque d'IoB".

 

D'ici 2023, 40% des professionnels orchestreront leurs expériences et leurs capacités en matière d'applications d'entreprise, comme ils le font avec les services de streaming musical

Jusqu'à présent, les entreprises offraient aux employés une solution applicative unique. Chaque employé, indépendamment de son poste ou de ses besoins, utilisait la même application métier, adaptant son travail à l'application, parfois au détriment de la qualité de celui-ci. À l'avenir, les départements métiers ou le service informatique recevront des fonctionnalités sous forme de blocs de construction, leur permettant de créer des listes de lecture individuelles d'applications personnalisées en fonction des besoins et des tâches des employés.

 

D'ici 2025, 50% des personnes possédant un smartphone, mais pas de compte bancaire, utiliseront un compte en cryptomonnaie accessible par mobile

La plupart des places de marché en ligne et des plateformes de médias sociaux commenceront à prendre en charge les paiements en cryptomonnaie d'ici la fin de l'année prochaine, d'après Gartner. D'ici 2025, la moitié des personnes dans le monde qui ne possèdent pas de compte bancaire utiliseront ces nouveaux services de compte mobile en cryptomonnaie proposés par les plateformes digitales, ce qui devrait ouvrir des opportunités commerciales aux acheteurs comme aux vendeurs dans des économies en croissance comme l'Afrique subsaharienne et la région Asie-Pacifique.

 

D'ici 2023, dans le cadre de la lutte contre les fausses technologies, 30% des actualités et des vidéos au niveau mondial seront authentifiées comme réelles en recourant à la blockchain

Les fausses nouvelles (fake news) sont une forme de désinformation délibérée. Leur prolifération au cours de ces dernières années peut être attribuée à des comptes contrôlés par des bots sur les médias sociaux. Souvent, ces fausses nouvelles attirent une plus grande audience que les nouvelles authentiques.

Gartner prévoit que d'ici 2021, au moins 10 grands organes de presse utiliseront la blockchain pour suivre et prouver l'authenticité de leurs contenus. De leur côtés, les gouvernements et les géants de la technologie ont commencé à combattre cette désinformation en proposant des réglementations et en créant des associations d'industriels. Pour Daryl Plummer, "l’organisation informatique doit se préparer à travailler avec les équipes de production de contenus afin d’établir et de suivre, grâce à la technologie blockchain, l’origine des contenus générés par l’entreprise".

 

D'ici 2023, des associations d'autorégulation et de surveillance des concepteurs de systèmes d'IA et d'apprentissage machine seront créées dans au moins quatre des pays du G7

L'intelligence artificielle est vulnérable aux biais implicites et explicites, aux écarts logiques et à la complexité des algorithmes en général. À grande échelle, ces biais peuvent affecter des groupes entiers de personnes et, selon l'objectif attribué à l’IA, l’impact peut être plus ou moins grave. "Réglementer l'IA est un défi", a reconnu Daryl Plummer, "mais les industries devront standardiser le développement et créer des certifications ainsi qu'un ensemble de normes professionnelles pour une utilisation éthique de l'IA".

L’impact immédiat d'une telle autorégulation sera d’augmenter la durée des cycles de développement et de déploiement des algorithmes d'IA et de ML. Selon Gartner, les entreprises doivent également s'attendre à investir davantage dans la formation et la certification de leurs spécialistes en IA et pour la documentation des processus, ainsi qu'à développer des compétences en matière de gouvernance de l'IA.

 

Jusqu'en 2021, les initiatives de transformation digitale continueront à prendre en moyenne deux fois plus de temps que prévu aux grandes entreprises traditionnelles pour un coût deux fois plus élevé qu'attendu

Selon Gartner, il est peu probable que les stratégies d’optimisation digitale donnent suite aux attentes des dirigeants d’entreprise en matière de croissance du chiffre d’affaires et ce, en raison du coût de la modernisation de la technologie et de dépenses imprévues pour la simplification des interdépendances opérationnelles. Une telle complexité opérationnelle entrave également le rythme des changements ainsi que les degrés d'innovation et d'adaptabilité requis. "Dans la plupart des organisations traditionnelles", a commenté Daryl Plummer, "l'écart entre l'ambition numérique et la réalité est important. Nous nous attendons à ce que les budgets alloués aux CIOs pour la modernisation de l'informatique augmente de 7% jusqu'en 2021 pour combler l'écart constaté", a-t-il conclu.

 

Michaël Renotte


Publié le 28 novembre 2019