Rencontre avec David Pollastro, Chief Information and Technology Officer au sein de Vauban, Ecole et Lycée Français de Luxembourg, pour discuter de la transformation digitale de l'établissement scolaire, mais aussi du déploiement d'une nouvelle infrastructure, accompagnée de la mise à disposition de nouveaux outils pédagogiques.

Biologiste ayant suivi une formation doctorale en génie génétique en enzymologie, David Pollastro a, au milieu des années 90, rejoint le Lycée Vauban dans le cadre d'un remplacement, pour y occuper un poste de professeur de Sciences et Vie de la Terre (SVT). A cette époque, l'informatique est très peu présente dans le milieu scolaire, mais le futur Chief Information and Technology Officer avait déjà développé un appétence toute particulière pour l'IT. En effet, au cours de ses études, il avait participé à des projets avec des universités américaines pour mutualiser la puissance informatique dans le but de doper les calculs de modélisations moléculaires. "Arrivé au Lycée Vauban, j'ai alors commencé par installer quelques ordinateurs, notamment dans la bibliothèque, puis de fil en aiguille, construit un réseau…Ainsi, de 1996 à 2004 j'ai occupé une fonction hybride professeur de biologie-responsable informatique. Cette double casquette me confère aujourd'hui un avantage tout particulier, une forte valeur ajoutée : celle-ci me permet de traduire les besoins pédagogiques exprimés par les non-professionnels et de les traduire en applications et outils concrets. Pour résumer, nous partons toujours d'une idée pédagogique, ne comprenant aucune technicité, et mon rôle est justement de construire une technique destinée à répondre tout spécifiquement à cette idée exprimée," explique David Pollastro.

Depuis 2014, une équipe IT s’est constituée autour de David Pollastro, resté très attaché aux valeurs de transmission et d’accompagnement. "Au fil de la croissance de l’établissement, la philosophie a été de renforcer l’équipe par la promotion interne, mais aussi avec des étudiants en alternance, des stagiaires ou de très jeunes actifs," explique le CIO. En effet, l’objectif n’étant pas d’embaucher des compétences préexistantes, mais de constituer un Pôle d’Apprentissage et de Formation qui permet à des jeunes d’accéder au monde du travail, de se qualifier et de se perfectionner. Avec 5 collaborateurs pour près de 6000 utilisateurs, le bon fonctionnement d’une telle équipe restreinte repose sur la cohésion, la confiance, la disponibilité et la volonté d’enseigner et d’apprendre.

 

L'environnement scolaire et ses challenges

Le rôle de CIO/CTO au sein d'établissement scolaire diffère nécessairement de celui d'un responsable IT au sein d'une structure privée, dicté par le business et tourné, in fine, vers la recherche continue de croissance de l'entreprise. Comme l'explique David Pollastro, les utilisateurs – professeurs, étudiants, mais également parents – ont des besoins différents. "Les enseignants se serviront d'outils pour rendre les cours plus interactifs et pour répondre à des besoins modernes, mais l'idée est bien plus loin et de personnaliser l'enseignement et le suivi pour arriver, peu à peu, à une pédagogie différenciée, personnalisée et adaptée aux besoins de chaque enfant : du one-to-one", souligne-t-il. Des groupes de travail, au sein de Vauban œuvrent continuellement dans ce sens, avec pour mission de discuter et débattre de l'apport du numérique, afin de concrétiser, dans les années à venir, cette nouvelle vision de la pédagogie : quelles sont les applications qui existent actuellement ? Qu'est-ce qu'elles apportent aux élèves ? Quel est le futur des technologies de l’enseignement ? David Pollastro et son équipe IT sont alors présents pour accompagner et assister élèves et professeurs dans ces nouvelles utilisations, permettant toujours de faire passer le bon message pédagogique, condition sine qua non à l'arrivée d'outils digitaux dans les salles de classe. "Quelques challenges importants se dressent ainsi face à nous : les outils doivent absolument être fiables sans quoi ils perturbent le programme et donc le planning. La cohérence et la redondance sont également cruciaux : il s'agit d'une particularité du milieu scolaire, le matériel étant partagé. Professeurs comme élèves doivent donc retrouver un environnement stable. Quant aux interventions du helpdesk, elles doivent être quasi instantanées pour ne pas perturber le déroulement des cours," ajoute David Pollastro.

Dans l'environnement numérique actuel, les élèves, ne peuvent plus imaginer de cours sans outils digitaux, alors que les parents se connectent en permanence sur les plateformes pédagogiques prévues à cet effet.

Répondre à une digitalisation croissante

Dans le cadre du déménagement de l'école Vauban dans le nouveau quartier de la Cloche d'Or et en poursuivant cette vision pédagogique, le Chief Information and Technology Officer a, ces dernières années, travaillé à la migration des infrastructures, systèmes et applications. "Ceci a débuté il y trois ans, avec la fusion administrative du lycée Vauban et l'EFL (Ecole Française à Luxembourg), deux entités totalement distinctes. J’ai donc commencé par l'écriture intéressante et enrichissante du cahier des charges auquel la nouvelle infrastructure devait répondre, avec en ligne de mire, la volonté d'apporter la meilleure des réponses pédagogiques possibles", précise David Pollastro. "Rapidement, notre choix s'est porté vers la virtualisation," explique l'expert IT, qui poursuit : "cette solution répondait à nos principaux challenges : fiabilité, cohérence, disponibilité, redondance ou encore réactivité : des garanties offertes par Hyper V, de Microsoft". Aujourd'hui, l'école et le lycée Vauban, c'est 1500 clients légers, et autant de machines virtuelles, 5000 ports réseaux repartis sur 45000m².

Ces systèmes ont tout d'abord été déployés au sein des écoles maternelle et primaire, dès la rentrée 2017, soit moins de 6 mois après avoir sélectionné les solutions techniques. Comme le souligne le CIO, "cette première phase a permis de valider tous les choix techniques, d'en comprendre le fonctionnement et d'appréhender tous ces nouveaux outils. Puis, entre septembre 2017 et mars 2018, le reste de l’infrastructure a été déployé afin de pouvoir accueillir les élèves du secondaire à la rentrée 2018-2019".

"Parallèlement, nous avons dû repenser l’ensemble des process administratifs et de gestion, pour offrir à nos parents, mais aussi à notre backoffice, des applicatifs permettant le recueil et la manipulation des données de scolarité et de gestion, dans un souci de maîtrise des coûts, de rationalisation et d’agilité," explique David Pollastro. Une première ERP dite "administrative" a été conçue, permettant de gérer les bases de données d'élèves et de personnel, la partie scolarité mais également la facturation. GVS, La plateforme web qui en résulte s'adresse à tous les acteurs de la vie scolaire favorisant les interactions, ainsi que les suivis administratifs, allant des résultats du conseil de classe et la gestion de vœux d’orientation, à la facturation. "Toute la chaîne a donc été informatisée et nous continuons à agréger de nouveaux modules qui sont notamment en lien avec la gestion en ligne de l’offre que nous proposons à nos familles : activités périscolaires, infirmerie ou encore obtention des certificats de langue," ajoute David Pollastro.

La seconde ERP concerne quant à elle la partie pédagogique, avec la mise en ligne et l'agrégation de plusieurs logiciels et produits tiers : notes, agenda, espace collaboratif, documents, messagerie, etc. Plus de 200 logiciels et applicatifs ont été intégrés, non sans difficulté, chacun ayant des particularités spécifiques.

Enfin, dans le contexte scolaire, la sécurité prend une nouvelle dimension : elle est la fois numérique et physique. Ainsi, outre la sécurisation de l'information, challenge rencontrés par tous les experts IT tant le nombre de cyberattaques ne cesse de grandir, l'établissement scolaire a pour mission de préserver l'intégrité physique de ses nombreux élèves. "Les parents, tout comme l'école, doivent savoir où se trouvent les enfants : des badges numériques répondent à la problématique du contrôle des accès et nécessairement des sorties. A ceux-ci ont été liés d'autres fonctionnalités telles que l'accès – et la facturation – à la cantine, mais également aux photocopies et aux transports en commun," souligne David Pollastro.

 

Aujourd'hui, David Pollastro et ses équipes continuent de monitorer et d'accompagner les enseignants dans cette période de transition – au sens physique – et transformation digitale, avec la mise à disposition de nouveaux outils que sont le Cloud et les tablettes tactiles. Leur mission première est de faciliter l'apprentissage, la transmission du savoir et de se rapprocher au maximum d'une vision pédagogique moderne et personnalisée, garantissant le succès scolaire de chaque élève. Ainsi, dans le secteur privé comme dans le domaine scolaire, l'innovation est continuelle, et vise à décupler les possibilités des utilisateurs finaux.

 

Propos recueillis par Alexandre Keilmann


Publié le 20 novembre 2018