Ce mardi 4 décembre, près de 1000 experts et professionnels des domaines ICT et digital s'étaient donné rendez-vous au Casino 2000 à Mondorf-les-Bains pour assister aux conférences et débats du 12ème Gala IT One. Celles-ci étaient articulées autour de la thématique de l'Intelligence Artificielle et de son impact grandissant sur les départements IT, les entreprises et la société de manière générale.

L'IA citoyenne : l'éducation autour de l'IA, au service des entreprises et de la société

Après un mot d'ouverture de Kamel Amroune (CEO de Farvest) et Hocine Berrane (CIO de CALI Europe), Emmanuel Viale, (Managing Director, Accenture France) a été accueilli sur scène afin de partager son expertise et sa vision de l'Intelligence Artificielle. L'expert a tout d'abord rappelé que de nombreuses vagues technologies se succèdent depuis 50 ans, avec une accélération forte et une accumulation importante ces dernières 20 années. "Aujourd'hui, on remarque aussi, à force d'investissements en tech et recherche, que les standardisations sont plus rapides. Mais c'est bien l'effet combinatoire de ces technologies qui importe. La montée en puissance de l'IA se base sur les vagues IoT, Cloud, mobilité, et réseaux sociaux. Elles se cumulent et bénéficient l'une de l'autre," a expliqué Emmanuel Viale, qui a par la suite partagé sa définition de l'IA : il s'agit de la capacité d'un système d'information à reproduire des comportements humains. "Il capte l'information, la comprend, l'analyse et agit, mais il faut également souligner son aspect 'apprentissage' qui augmente sa puissance de frappe par rapport aux autres systèmes informatiques. Cependant, il est nécessaire de donner des règles précises, dans un cadre bien particulier." Emmanuel Viale a ensuite différencié Machine Learning, Deep Learning ou encore Shallow Learning, et les champs d'applications qui en découlent, de la reconnaissance d'images à l'analyse vidéo, en passant par la reconnaissance du langage. L'expert a également insisté sur le fait qu'aujourd'hui l'utilisation quotidienne existe déjà, avec les smartphones, agents digitaux ou encore assistants de type Alexa. "Dans ces cas précis, l'IA est présente pour compléter l'être humain afin de donner de meilleures réponses, personnalisées," a ajouté le Managing Director d'Accenture France. Après avoir partagé plusieurs exemples, et notamment celui du jeu de Go, il a différencié les usages des IA "forte" et "faible". "La tendance principale, l'IA citoyenne n'oppose pas l'Homme et la machine, au contraire, il favorise une combinaison. L'IA n'est pas créative et n'a pas d'empathie, par contre, elle ne s'arrête jamais et ne connait pas la fatigue. Elle est en mesure d'apprendre constamment. Elle vise à s'occuper des tâches répétitives et logiques, tout en laissant le contrôle à l'humain. Il ne faut pas avoir peur de cette alpha trend – ou méga tendance," a conclu Emmanuel Viale.

 

AI: it's all about education

Les organisateurs ont par la suite accueilli Anush Manukyan (PhD Candidate in Robotics and AI, SnT, University of Luxembourg) sur scène, accompagnée de deux de ses étudiants au sein de la Luxembourg Tech School, Joana Wantz et Bob Schreiner. L'experte a débuté en comparant l'arrivée de l'IA à la révolution du 19ème siècle et l'apparition de la voiture : "les gens étaient effrayés et ne comprenaient pas. Beaucoup de législations ont été mises en place. Aujourd'hui, on retrouve un phénomène similaire avec l'arrivée de l'Intelligence Artificielle, qui n'est autre qu'un algorithme qui essaye d'imiter l'intelligence humain dans des tâches telles que la planification, l'apprentissage, le raisonnement, la résolution de problèmes, etc". Elle a également souligné qu'il s'agit 'un outil qui répond à un challenge, à une problématique bien spécifique : des données sont nécessaires, tout comme un temps d'apprentissage et surtout une personne qui maitrise l'outil. "Ce n'est pas non plus une solution miracle qui règle tous les problèmes. Certains pensent que nous assisteront bientôt à l'apocalypse de l'IA alors que d'autres prévoient une maturité dans une centaine d'années. Ainsi, des cours de programmation sont nécessaires, afin de l'appréhender de la meilleure des manières" a-t-elle ajouté avant de passer la parole à ses deux étudiants. Bob Schreiner a tout d'abord souligné le fait que seul 1 étudiant sur 10 suivait des cours de programmation, et que ceux-ci devraient commencer dès le plus jeune âge pour créer une génération qui pourra s'adapter plus rapidement et facilement. Joana Wantz s'est quant à elle intéressée à la présence actuelle de l'IA et au fait que nous ne devions pas la craindre. "Il s'agit d'un outil plein de promesses : c'est aux personnes de décider comment ils souhaitent l'utiliser. Mais…sommes-nous prêts à apprendre ?" a conclu Anush Manukyan.

Etudier l'anatomie de l'Intelligence Artificielle

Ce sont ensuite Florence Guthfreund-Roland (Avocate à la Cour, Partner, DLA Piper), Arnaud Misset (Chief Digital Officer & Membre du comité exécutif, CACEIS), Frédéric Hosotte Seillier (Head of Customer Experience and Digital Transformation, Swiss Life France) et Anne-Charlotte Cornut (Rapporteur de la mission Villani sur l’IA et Responsable de mission Direction des opérations spéciales chez MNH Group) qui se sont réunis pour une table ronde modérée par Hocine Berrane. C'est tout d'abord Anne-Charlotte Cornut qui s'est exprimée sur la question de l'état français se penchant sur les progrès technologiques : "il s'agit d'une question de souveraineté. De plus, l'intelligence artificielle se base sur la donnée, et le pays qui maîtrise ces nouvelles technologies pourra être considéré comme le maître du monde. L'IA est disruptive sur beaucoup de points et des algorithmes permettent d'ores-et-déjà de faire de meilleurs diagnostiques que certains médecins, notamment en cancérologie". Elle a ensuite donné de plus amples informations sur le rapport Villani, qui s'est penché sur 4 domaines d'investissements, 4 secteurs clés : la mobilité, la santé, la défense et l'environnement. Elle a ajouté : "il est nécessaire d'expliquer aux gens à quoi servent les données. Ils seront moins réticents par la suite et pourront donner leur consentement". La question à laquelle il faudra répondre dans les mois à venir ? Comment l'humain doit-il travailler avec l'IA et vice-versa. Pour Anne-Charlotte Cornut, "il faudra le déterminer ensemble". Les défis légaux ont également été abordés par Florence Guthfreund-Roland, qui a insisté sur trois challenge majeurs : la responsabilité avec l'exemple de la voiture autonome, la propriété intellectuelle – à qui appartiennent les algorithmes et les robots ? – mais aussi le régime et l'utilisation des données, un challenge fondamental au 21ème siècle, avec le RGPD en Europe, qui représente une forte opportunité selon l'avocate. Elle a également souligné le fait que la Commission Européenne devrait se pencher, dans les mois à venir, sur la définition d'un cadre étique et sur la publication probable de nouvelles guidelines. Celles-ci visent à encadrer l'utilisation de cette nouvelle technologie.

Arnaud Misset et Frédéric Hosotte Seillier se sont quant à eux intéressés à l'apport de l'IA dans le secteur Financier. "Les technologies, et notamment l'IA sont traitées en relation avec la Direction générale du groupe, les équipes opérationnelles et l'IT, via des circuits courts permettant d'accélérer rapidement leurs développements. Le groupe Crédit Agricole capitalise sur son Village, et sur sa faculté à faire du test & learn et du fail fast," a débuté le CDO de CACEIS. Chez Swiss Life, l'IA et les nouvelles technologies ne sont pas uniquement l'affaire des experts : celles-ci sont développées avec des data scientists, bien sûr, mais également avec des data champions qui évoluent dans tous les départements de l'entreprise : "Ils proposent des use cases opérationnels, qui sont développés en Proof of Concept. Ainsi, quand ce dernier donne satisfaction, il répond à un vrai besoin métier, il doit être concret". Frédéric Hosotte Seillier a par la suite partagé quelques projets basés sur l'IA menés au sein de la société Swiss Life : l'optimisation du calcul actuariel, et l'amélioration de la relation client et apporteurs. "Nous avons défini 3 champs d'applications concernant l'expérience client : le fait d'accélérer la vitesse d'accès à la donnée et à l'information avec des chatbots, le fait de développer la disponibilité des personnes qui travaillent en interface avec les clients grâce à des voicebots, et enfin, apporter une qualité et plus-value dans la relation client. En connaissant mieux ses clients, nous pouvons bien mieux le conseiller," a-t-il expliqué. Pour Arnaud Misset, le challenge principal est de convaincre la direction de mener de tels projets, et de prouver que cette tech peut bénéficier à l'entreprise. Pour l'expert, il est tout d'abord nécessaire d'avancer étape par étape sur des petits projets. CACEIS s'est notamment intéressé au traitement des emails et à leur reclassement dans des sous-catégories bien définies. "Cependant, il n'existe pas d'IA généraliste qui fonctionne pour tous types de problème. Chaque IA est spécifique à chaque problème," a précisé le CDO. Les deux experts ont par la suite discuté de politique RH et de talents spécialisés dans l'IA. Pour le responsable de la transformation digitale de Swiss Life, "il faut mettre en place une politique d'innovation participative, avec des volontaires qui se réunissent et sont engagés dans le développement de nouvelles solutions. C'est aussi au manager de donner cette flexibilité et de faire preuve de leadership. Enfin, la gestion prévisionnelle des compétences est clé". Même son de cloche pour Arnaud Misset, qui a insisté sur l'importance d'acquérir les compétences, de former et d'expliquer. "Il est intéressant d'opter pour un programme de reverse mentoring mêlant AI, organisation, RH et éthique. Nous devons accompagner les équipes dans une montée en compétences," a-t-il conclu.

 

Startup Insights

Puis, plusieurs startups se sont succédées sur scène pour présenter leurs solutions innovantes, los d'une session animée par Fabrice Marsella (Maire du Village by CA). C'est tout d'abord Zouheir Guedri, CEO de Data & Data, qui a présenté sa solution permettant de détecter chaque jour des vendeurs de produits contrefaits. Cette technologie sert les commerciaux, le marketing, ou les stratégistes digitaux en leur permettant de déterminer où les produits sont vendus, sur quel marché, à quel prix et par qui. Casius Moera, CEO d'EmailTree, a ensuite pris la parole, avec un focus sur les promesses de l'utilisation de l'IA et du Machine Learning dans la génération automatique d'emails permettant une hausse de productivité et une économie de temps, sous surveillance humaine. En effet, EmailTree est une solution basée sur la collaboration homme-machine. Sarah Martineau s'est ensuite attelée à présenter sa startup, IDETA qui propose une solution qui permet aux entreprises de créer très facilement des assistants conversationnels sur de nombreux canaux de communication comme Messenger, SMS, mais aussi Google Home ou Alexa. Enfin, Thomas Friederich et Benjamin Hourte, respectivement General Manager et CTO d'Earthlab, est intervenu pour présenter la solution Max-ICS, combinant humain et intelligence artificielle. La plateforme permet de centraliser les nombreuses données collectées via satellites et de permettre leur utilisation.

 

Avant le cocktail de networking et la cérémonie des Luxembourg ICT Awards, les membres du jury ont tenu a récompensé les meilleurs livres blancs soumis par les experts luxembourgeois et traitant de l'Intelligence Artificielle. Le premier prix est revenu à Gregory Nain, Thomas Hartmann, Assaad Moawad et François Fouquet de la société DataThings, pour un article intitulé "Meta-learning or learning to learn". Aux deuxième et troisième places, nous retrouvons Eric Laurent (Consultant sénior chez InTech) pour "L’intelligence artificielle aux côtés des professionnels de la santé" et Pascal Steichen (CEO de SECURITYMADEIN.LU) pour "L’intelligence Artificielle ne remplacera pas les spécialistes, elle les augmentera !", respectivement.

 

Alexandre Keilmann

Photos : Dominique Gaul


Publié le 05 décembre 2018